Date: 15 Décembre 2017
Publié Par: Pierre Saint-Arnaud

Ce ne sont pas 800 emplois qui sont menacés à court terme par le refus d’Ottawa d’octroyer la construction d’un autre navire ravitailleur au chantier maritime Davie, mais bien plus de 1300 si on y ajoute les fournisseurs des régions de Québec et de Montréal.

Les représentants de la Coalition pour la sauvegarde du chantier Davie étaient de passage à Montréal jeudi, où ils ont lancé un appel pressant aux députés libéraux du Québec afin qu’ils fassent pression sur le gouvernement Trudeau pour qu’il comprenne l’urgence de la situation. L’entreprise a dévoilé les résultats d’une enquête qu’elle a menée auprès de 205 de ses 219 fournisseurs de la région de Montréal qui révèle que plus de la moitié d’entre eux seront affectés négativement par l’absence de nouvelle commande fédérale et qu’ils prévoient près de 160 mises à pied à court terme.

Ce nombre s’ajoute aux 800 travailleurs du chantier Davie qui seront mis à pied avant la fin de l’année et aux 350 autres chez ses fournisseurs de la région de Québec.

Or, les besoins sont là puisque la stratégie maritime du Canada, dévoilée il y a sept ans, prévoit à long terme des investissements de plus de 100 milliards pour renouveler la flotte de la Garde côtière, de la marine et plusieurs grands traversiers. De leur côté, les deux autres grands chantiers maritimes du pays, celui de Seaspan à Vancouver et celui d’Irving à Halifax, ont déjà des carnets de commandes remplis pour plusieurs années.

« On n’essaie pas d’arracher des travaux des autres chantiers au Canada ; il y a assez de travail pour les trois chantiers », fait valoir Spencer Fraser, président et directeur général de Federal Fleet Services, une filiale du propriétaire du chantier Davie qui agit comme intermédiaire pour les contrats fédéraux.

La situation est complètement incompréhensible pour les administrateurs de Davie et la Coalition : le chantier de Lévis, qui est capable de construire sept bateaux à la fois, représente 50 % de la capacité de production au Canada, mais n’a que 1 % des contrats fédéraux. « Ces deux chantiers ont environ 75 milliards de dollars de contrats qui vont arriver chez eux et la Davie, zéro », s’insurge Spencer Fraser. Il y voit strictement le résultat d’un poids politique démesuré des deux entreprises côtières.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral, le premier ministre Justin Trudeau en tête, fait miroiter d’autres contrats à venir totalisant 2 milliards. Cependant, l’analyse des critères d’octroi de ces contrats démontre que la Davie ne pourrait soumissionner que pour environ 25 millions, soit à peine 1,25 % du total. Chantier Davie a récemment fait des représentations auprès du premier ministre pour dénoncer ces critères extrêmement restrictifs qui l’excluent spécifiquement, une situation que M. Fraser attribue encore une fois à une fonction publique hostile envers le chantier du Québec.